Interview

  • Comment en es-tu venu aux musiques traditionnelles ?

Je suis un passionné des musiques traditionnelles. J’ai grandi dans le folklore Andin, (étant fils du fondateur de Los Incas), et j’ai été très tôt sensibilisé par la musique bretonne et irlandaise.
J’entends un lien très fort entre ces musiques de différents pays apparemment très éloignées dans le style, mais très proche dans l’âme : elles racontent les mêmes choses, elles sont liées à la nature, à la vie rurale,  elles portent les rides du temps. Elles nous parlent parce qu’elles font partie de notre inconscient collectif. Ce qui m’attire, c’est l’âme, la vie qui émerge de ces mélodies.
Ce n’est pas l’ethnomusicologie qui m’intéresse, c’est l’émotion.

  • Te situes-tu plus en tant que musicien ou ingénieur du son ?

Musicien bien sûr. La prise de son n’est pas une finalité pour moi. Enregistrer et produire des artistes et des musiques que j’aime est un vrai plaisir. Jouer avec ces musiciens est ce qui m’est le plus cher au monde. Et je suis très heureux de faire les deux : être au service d’un coté  (on reçois aussi beaucoup), et partager sa sensibilité de l’autre.

  • Que penses-tu de la mode actuelle ?

Aujourd’hui l’engouement pour les musiques trad. ou world est un phénomène sociologique très normal : on recherche de nouvelles valeurs, des racines, de l’émotion pure, pas du tape à l’œil et du préfabriqué. Tant mieux si les gens se réveillent. Par rapport à la récupération médiatique, je trouve ça normal aussi puisque ça marche ! C’est très bien si la Pop-Rock s’inspire de musique traditionnelle, elle appartient à tout le monde.   

  • Mais ne penses-tu pas que l’on risque de se perdre entre le trad. pur et dur et les mélange de la world music ?

Les deux démarches sont complémentaires. Je trouve autant valable de faire une recherche pointue sur une tradition qui se perd, « sauvegarder le patrimoine », que de créer véritablement en s’inspirant de la musique traditionnelle.
L’équilibre n’est pas toujours facile à trouver.
Sauvegarder le patrimoine, c’est dire ça ça a existé, mais c’est un peu l’enterrer.
La musique trad. d’aujourd’hui doit être mouvante comme la vie, elle doit bouger, s’affirmer, sortir de son carcan. Mais doit-elle encore s’appeler trad. ? Ce n’est qu’une question d’étiquettes. C’est un style. Qui se recoupe d’ailleurs avec le jazz et le classique ; les frontières sont floues, ce qui prouve que ce n’est qu’une étiquette.
C’est vrai que la mondialisation est un risque : sur toutes les radios du monde on entend les mêmes tubes, et ça influence beaucoup les musiciens reculés. Mais je crois que l’instinct de survie les empêchera de perdre complètement leur identité.

  • Quelle est la place de la musique traditionnelle ?

Je ne sais pas. Mais elle est essentielle, et elle est à l’origine des autres, ne l’oublions pas.

  • Quels sont tes projets ?

Continuer de me nourrir d’émotions. J’ai plus de contacts avec des artistes étrangers, mais je commence à rencontrer de bons musiciens locaux. J’ai le projet de créer en France une rencontre internationale, comme « Le Voyage Mythologique » qui  s’est déroulé en Turquie et auquel j’ai participé en novembre 98.

  • Le mot de la fin ? 

On devrait moins parler et plus écouter.

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